{"id":1020,"date":"2021-04-08T14:12:37","date_gmt":"2021-04-08T14:12:37","guid":{"rendered":"http:\/\/debian-economist.eu\/wp\/?p=1020"},"modified":"2021-04-09T08:54:48","modified_gmt":"2021-04-09T08:54:48","slug":"bilan-de-la-cour-des-comptes-sur-les-reanimations-que-faire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/debian-economist.eu\/wp\/?p=1020","title":{"rendered":"Bilan de la cour des comptes sur les r\u00e9animations : que faire ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans son <a href=\"https:\/\/www.vie-publique.fr\/rapport\/279088-rapport-public-annuel-de-la-cour-des-comptes-2021\">rapport public annuel publi\u00e9 le 18 mars 2021<\/a>, la cour des comptes a dress\u00e9 un bilan de l&rsquo;action des services publics pendant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie en 2020. Un chapitre est consacr\u00e9 aux services de r\u00e9animations qui ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement sollicit\u00e9s pour traiter les cas critiques de Covid 19. Dans son introduction, la cour souligne la nature particuli\u00e8re de ce service qui est l&rsquo;ultime recours pour les patient\u00b7e\u00b7s qui y sont trait\u00e9\u00b7e\u00b7s :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> \u00ab&nbsp; La r\u00e9animation constitue une activit\u00e9 hospitali\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cifique [&#8230;].   Elle concerne des patients au pronostic vital engag\u00e9 qui ont besoin, 24h\/24, de soins et de surveillance par des professionnels, avec des techniques dont la nature, le nombre et la disponibilit\u00e9 effective sont \u00e9troitement r\u00e9glement\u00e9s. Pour ces patients, il n\u2019existe pas d\u2019alternative \u00e0 une hospitalisation en urgence dans une unit\u00e9 de r\u00e9animation [&#8230;]  La r\u00e9animation est la composante la plus visible d\u2019un ensemble plus large d\u2019activit\u00e9s rassembl\u00e9es sous le terme de soins critiques, comprenant aussi les soins intensifs et la surveillance continue : organis\u00e9s en France depuis 2002, les soins critiques ont en commun la mission de pr\u00e9venir, diagnostiquer et traiter les d\u00e9faillances d\u2019organes vitaux chez des patients en situation critique dont le pronostic est grave, mais potentiellement favorable. \u00bb   <\/p><cite> <em>Rapport public annuel 2021<\/em>, Cour des Comptes, pp. 149-150<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il est pr\u00e9cis\u00e9 dans le rapport de la cour des comptes que  <br>\u00ab <em>les soins intensifs ont vocation \u00e0 prendre en charge des patients pr\u00e9sentant une d\u00e9faillance d\u2019un seul organe&nbsp;<\/em>\u00bb et \u00ab <em>les unit\u00e9s de surveillance continue (USC) assurent la prise en charge des malades qui n\u00e9cessitent une observation clinique et biologique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en raison soit de la gravit\u00e9 de leur \u00e9tat, soit du traitement qui leur a \u00e9t\u00e9 dispens\u00e9.<\/em> \u00bb  <\/p>\n\n\n\n<p>Selon la cour des comptes, les services de r\u00e9animation \u00e9taient \u00ab\u00a0mal pr\u00e9par\u00e9s\u00a0\u00bb, certes, car anticiper ce type d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie est difficile mais aussi \u00e0 des choix de politiques publiques qui ont \u00e9t\u00e9 faits. Les services de r\u00e9animation font face \u00e0 des flux de plus en plus importants d&rsquo;entr\u00e9es chaque ann\u00e9e \u00e0 cause du vieillissement de la population. Le pic est visible sur ce graphique de la cour des comptes :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><a href=\"https:\/\/postimg.cc\/9D0p9P0R\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.postimg.cc\/y8XrwvzP\/Capture.png\" alt=\"\" width=\"580\" height=\"398\"\/><\/a><figcaption> Evolution de l\u2019activit\u00e9 hospitali\u00e8re en soins critiques en fonction de l\u2019\u00e2ge des patients, p.163 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La cour des comptes ajoute que le taux de croissance annuel moyen de la population de plus de 65 ans en France entre 2013 et 2019 \u00e9tait de 1,7% par an, soit un bond de 10,6% sur la p\u00e9riode. Parall\u00e8lement, le nombre de lits en r\u00e9animation n&rsquo;a progress\u00e9 que de 0,17% par an, soit de 1% lors de ces six ann\u00e9es. D&rsquo;o\u00f9 ce constat de la cour:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab De fait, le taux d\u2019\u00e9quipement en lits de r\u00e9animation n\u2019\u00e9tait plus que de 37 pour 100 000 habitants de plus de 65 ans \u00e0 la veille de la crise sanitaire, alors qu\u2019il \u00e9tait de 44 pour 100 000 habitants en 2013. Si la France avait conserv\u00e9 son ratio nombre de lits\/population de plus de 65 ans de 2013, elle aurait dispos\u00e9, au d\u00e9but de la crise covid, de 5 949 lits de r\u00e9animation adultes, contre 5 080 constat\u00e9s au 1er janvier 2020. \u00bb  <\/p><cite><em>Rapport public annuel 2021<\/em>, Cour des Comptes, p. 164<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p> La population continuant de vieillir, le besoin en termes de lits critiques ne fera qu\u2019augmenter ces prochaines ann\u00e9es, ajoute la cour des comptes. Le gouvernement a en partie r\u00e9pondu \u00e0 ce probl\u00e8me comme l&rsquo;expliquent les journalistes Nicolas Berrod\u00a0et\u00a0Stanislas de Livonni\u00e8re :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>  \u00ab&nbsp;D\u2019apr\u00e8s les derniers chiffres transmis au Parisien par la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019offre de soins (DGOS), au 30 mars, 7906 lits de r\u00e9animation sont actuellement \u00ab arm\u00e9s \u00bb. C\u2019est pr\u00e8s de 2500 de plus qu\u2019en temps normal (5433 avant la crise, d\u2019apr\u00e8s les chiffres de la Direction de la recherche, des \u00e9tudes, de l\u2019\u00e9valuation et des statistiques (Drees). Cette hausse de 45 % prouve qu\u2019un effort a \u00e9t\u00e9 fourni pour faire face \u00e0 la crise du Covid-19. Lors de la premi\u00e8re vague, ce nombre avait m\u00eame largement d\u00e9pass\u00e9 10 000. [&#8230;]  <br>Au niveau national, un peu plus de 7000 de ces lits sont occup\u00e9s, en petite majorit\u00e9 (environ 3800, comme on l\u2019a vu) par des patients atteints du Covid. Cela signifie que 90 % des lits de r\u00e9animation disponibles sont actuellement occup\u00e9s. L\u2019\u00e9cart jusqu\u2019\u00e0 100 % fait en quelque sorte office de \u00ab matelas \u00bb pour pouvoir prendre en charge \u00e0 tout moment des victimes d\u2019accidents de la route, par exemple. D\u2019ailleurs, \u00ab avant la crise sanitaire, le taux moyen d\u2019occupation d\u2019un service de r\u00e9animation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en moyenne de 90 % \u00bb, indique la DGOS. Mais \u00ab ce taux d\u2019occupation des r\u00e9animations, du fait de l\u2019extension des capacit\u00e9s et du nombre de lits, confirme un niveau nettement sup\u00e9rieur au niveau hors crise \u00bb, ajoute-t-elle.  \u00bb <\/p><cite>  <em>Covid-19 : 100% d\u2019occupation en r\u00e9animation, vraiment ? Le point sur des chiffres tronqu\u00e9s<\/em>,  Nicolas Berrod&nbsp;et&nbsp;Stanislas de Livonni\u00e8re, <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/societe\/covid-19-100-doccupation-en-reanimation-vraiment-le-point-sur-des-chiffres-tronques-03-04-2021-AKGTPJ2MWVBE5KVIWOWCLS3KJI.php\">Le Parisien<\/a>, 03\/04\/2021&nbsp; <br><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<table class=\"wp-block-table\"><tbody><tr><td><a href=\"https:\/\/postimg.cc\/S2f4NBZJ\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.postimg.cc\/63DpzwnL\/6-VSW74-BW6-ZEQDJMEAHSEH6-DVPQ.jpg\" border=\"0\" alt=\"6-VSW74-BW6-ZEQDJMEAHSEH6-DVPQ\"><\/a><\/td><td><a href=\"https:\/\/postimg.cc\/5H1FtC1g\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.postimg.cc\/wBR50XGC\/RWDQU242-H5-B7-FBQTS5-U2-PTMGSE.jpg\" border=\"0\" alt=\"RWDQU242-H5-B7-FBQTS5-U2-PTMGSE\"><\/a><\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n\n<p>L&rsquo;objectif du gouvernement est d&rsquo;atteindre 10 000 lits de r\u00e9animation prochainement, engendrant deux difficult\u00e9s selon  <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/infirmiers-manquent-chevet-services-de-reanimation\/00098646\">Thierry Amouroux<\/a>, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers&nbsp;(SNPI CFE-CGC):<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li> Il s&rsquo;agit de lits \u00e9ph\u00e9m\u00e8res pris d&rsquo;autres services et pas d&rsquo;aussi bonne qualit\u00e9<\/li><li>L&rsquo;augmentation du nombre de lits ne fait qu&rsquo;alimenter la p\u00e9nurie de personnel d\u00e9j\u00e0 existante<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Comme le pr\u00e9cise la cour des comptes p. 169,  \u00ab<em> les effectifs en r\u00e9animation sont r\u00e9glement\u00e9s : deux infirmiers pour cinq patients (de jour comme de nuit) et un aide-soignant pour quatre patients<\/em> \u00bb. Or, les services de r\u00e9animation ont un probl\u00e8me d&rsquo;attractivit\u00e9 car la sp\u00e9cificit\u00e9 des comp\u00e9tences infirmier(e)s de soins g\u00e9n\u00e9raux dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019\u00c9tat (IDE) en soins critiques n&rsquo;est pas reconnue :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> \u00ab Trois fois plus nombreux que les m\u00e9decins, les 28 000 infirmier(e)s de soins g\u00e9n\u00e9raux dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019\u00c9tat (IDE) exer\u00e7ant en soins critiques en constituent les \u00ab piliers \u00bb : 52 % du temps de travail total consacr\u00e9 par une \u00e9quipe hospitali\u00e8re de r\u00e9animation au lit du patient est effectu\u00e9 par les IDE (\u00e0 la diff\u00e9rence de pays comme l\u2019Allemagne, la Belgique et la Suisse ). Ils sont \u00e0 95 % non sp\u00e9cialis\u00e9s \u2013 seuls 5 % sont infirmier(e)s anesth\u00e9sistes dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019\u00c9tat (Iade), infirmier(e)s de bloc op\u00e9ratoire dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019\u00c9tat (Ibode) ou cadres de sant\u00e9. En effet, la France n\u2019exige pas de dipl\u00f4me de sp\u00e9cialisation infirmier pour exercer en soins critiques. De plus, depuis la r\u00e9forme des \u00e9tudes de 2009, les futurs IDE ne re\u00e7oivent pas de mani\u00e8re syst\u00e9matique de formation initiale \u00e0 la r\u00e9animation et seule une minorit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves a accompli l\u2019un des six stages obligatoires au sein d\u2019une unit\u00e9 de soins critiques. \u00bb   <\/p><cite> <em>Rapport public annuel 2021<\/em>, Cour des Comptes p. 168<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces  \u00ab piliers \u00bb de la r\u00e9animation sont soumis \u00e0 des conditions de travail difficiles, ce qui entra\u00eene un <em>turn-over<\/em> important :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> \u00ab Les conditions de travail sont exigeantes, avec souvent une organisation du temps de travail en 12 heures : mieux adapt\u00e9e \u00e0 des prises en charge lourdes, elle peut induire une p\u00e9nibilit\u00e9 suppl\u00e9mentaire. L\u2019importance du turn-over suscite des tensions qui favorisent \u00e0 leur tour des d\u00e9parts plus rapides, cr\u00e9ant ainsi une spirale pr\u00e9judiciable aux services.<br><br> D\u00e8s lors, il conviendrait de mettre en place une formation qualifiante et reconnue d\u2019infirmier en r\u00e9animation, non obligatoire pour exercer dans ces unit\u00e9s : cela permettrait de donner des perspectives professionnelles \u00e0 des infirmiers et d\u2019am\u00e9liorer la stabilit\u00e9 et la qualit\u00e9 des \u00e9quipes. Par ailleurs, la formation initiale des infirmiers devrait syst\u00e9matiquement inclure des enseignements et stages en soins critiques. Enfin, des modules de formation param\u00e9dicale continue aux soins critiques devraient \u00eatre disponibles dans tous les \u00e9tablissements de sant\u00e9 pour les IDE qui le souhaitent : cela conduirait \u00e0 des \u00e9quipes mieux aguerries et permettrait, en cas de besoin, la mobilisation rapide de personnels form\u00e9s. \u00bb <\/p><cite>  <em>Rapport public annuel 2021<\/em>, Cour des Comptes p. 170 <\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.facebook.com\/plugins\/video.php?height=476&#038;href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fbrutofficiel%2Fvideos%2F480205859662369%2F&#038;show_text=true&#038;width=267\" width=\"267\" height=\"591\" style=\"border:none;overflow:hidden\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"true\" allow=\"autoplay; clipboard-write; encrypted-media; picture-in-picture; web-share\" allowFullScreen=\"true\"><\/iframe>\n\n\n\n<p>La cour des comptes n&rsquo;\u00e9voque pas la question des r\u00e9mun\u00e9rations dans son rapport, qui est aussi un facteur clef de l&rsquo;attractivit\u00e9. Pourtant, comme le note la journaliste Sabine Germain :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> \u00ab [Les] soignants [ont] b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de 8&nbsp;milliards d\u2019euros d\u2019augmentation de salaire accord\u00e9s dans le cadre du S\u00e9gur de la sant\u00e9. Mais cela n\u2019a permis de rattraper que partiellement le retard fran\u00e7ais&nbsp;: les salaires de nos infirmiers restent inf\u00e9rieurs de 10&nbsp;% \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne. \u00bb <\/p><cite> <em>La France manque toujours autant de lits de r\u00e9animation<\/em>, Sabine Germain, <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/france-manque-toujours-autant-de-lits-de-reanimation\/00098453\">Alternatives Economiques<\/a>, 01\/04\/2021 <\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, la cour des comptes appelle \u00e0 ouvrir plus de postes de m\u00e9decins en r\u00e9animation. Or, embaucher des gens en plus, \u00e7a co\u00fbte cher et la tarification \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 (T2A) des h\u00f4pitaux n&rsquo;engage pas \u00e0 le faire. Le propre de l&rsquo;activit\u00e9 des r\u00e9animations est justement d&rsquo;avoir une part de lits vides pour garder de la marge donc d&rsquo;\u00eatre en partie inactif. Un lit de r\u00e9animation engendre 115 000 euros de perte par an pour un h\u00f4pital. Le probl\u00e8me est alors de r\u00e9mun\u00e9rer des capacit\u00e9s non utilis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Chaque fois qu\u2019il y a une d\u00e9cision \u00e0 prendre, qu\u2019il s\u2019agisse de g\u00e9rer les entreprises ou de gouverner les nations, l\u2019habitude s\u2019est instaur\u00e9e de construire des mod\u00e8les probabilistes du futur et de les calibrer sur le pass\u00e9. C\u2019est le r\u00e8gne du calcul \u00e9conomique, o\u00f9 l\u2019on compare les profits et les co\u00fbts en les pond\u00e9rant par leurs probabilit\u00e9s respectives. <br><br> L\u2019impr\u00e9vu, c\u2019est le rappel \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. La Covid-19 montre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que l\u2019histoire n\u2019est pas finie, et que l\u2019avenir est plus riche que le pass\u00e9. La premi\u00e8re conclusion est qu\u2019il est imprudent de dimensionner le syst\u00e8me de sant\u00e9 sur le train-train des ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es : il faut le surdimensionner pour affronter une pand\u00e9mie. Cela ressemble au probl\u00e8me d\u2019EDF (du temps o\u00f9 elle avait le monopole de la distribution d\u2019\u00e9lectricit\u00e9) : ce n\u2019est pas la demande moyenne qui compte, c\u2019est la demande aux heures de pointe ! C\u2019est pour satisfaire celle-ci qu\u2019il faut construire les centrales, quitte \u00e0 ce que la plupart de celles-ci soient  inutilis\u00e9es une grande partie du temps. Ce surdimensionnement implique des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires, qui doivent \u00eatre pris en charge en partie par l\u2019imp\u00f4t et en partie par le tarif. De m\u00eame, il est prudent d\u2019avoir un syst\u00e8me de sant\u00e9 surdimensionn\u00e9 par rapport aux besoins courants.<br><br> La deuxi\u00e8me conclusion, c\u2019est que le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas seulement d\u2019\u00e9conomiser les deniers publics, mais de parer \u00e0 l\u2019impr\u00e9vu, ce que nul autre que lui ne peut faire. Pour cela il n\u2019y a pas de recette, ni de calculs, il n\u2019y a que le sens des responsabilit\u00e9s et un processus politique. Il faut surdimensionner le syst\u00e8me de sant\u00e9 pour faire front \u00e0 des impr\u00e9vus : c\u2019est le sens des responsabilit\u00e9s. \u00bb <\/p><cite><em>Le calcul, l&rsquo;impr\u00e9vu<\/em>, Ivar Ekeland in <a href=\"https:\/\/dauphine.psl.eu\/fileadmin\/mediatheque\/recherche_et_valo\/publications\/Covid-19__Regards_croise__s_sur_la_crise.pdf\">Covid-19: regards crois\u00e9s sur la crise<\/a>, p. 90-91, Mars 2021<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La cour des comptes va dans le m\u00eame sens dans son rapport en appelant \u00e0 revoir le financement des r\u00e9animations. Elle souligne p. 173 de son rapport que \u00ab <em>cette activit\u00e9, qui a pour particularit\u00e9 de n\u2019avoir aucune alternative possible dans le syst\u00e8me de soins, doit voir ses capacit\u00e9s \u00e9voluer au regard des seuls besoins \u00e9pid\u00e9miologiques et de la file active de patients en demande de soins.<\/em> \u00bb  <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la premi\u00e8re recommandation de la cour des comptes est d&rsquo;\u00e9valuer les cons\u00e9quences en termes de sant\u00e9 publique des d\u00e9programmations qui ont des <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/societe\/sante\/operations-deprogrammees-a-cause-du-covid-19-la-douloureuse-attente-des-patients-06-04-2021-NLJSEN2VCNEVFDF6ZGWEKBV4XI.php\">cons\u00e9quences parfois douloureuses<\/a> pour les personnes concern\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> Cette strat\u00e9gie [de d\u00e9programmation] a permis d\u2019atteindre les objectifs fix\u00e9s. Les besoins programm\u00e9s en r\u00e9animation, notamment ceux li\u00e9s \u00e0 une intervention chirurgicale lourde, ont largement diminu\u00e9. La moindre fr\u00e9quence de ces chirurgies majeures est apparue significative en avril (-50,3 %) et mai 2020 (-35,3 %), en comparaison des m\u00eames mois de 2019. De m\u00eame, les s\u00e9jours chirurgicaux, qui \u00e9taient en l\u00e9g\u00e8re progression (+1,5 %) au cours des mois de janvier et f\u00e9vrier 2020 au regard de 2019, ont connu une baisse de 36,5 % en mars, 73,2 % en avril et 47,1 % en mai, sans qu\u2019aucun effet de rattrapage ne puisse \u00eatre document\u00e9 au cours des mois suivants. [&#8230;]  Cette chute de l\u2019activit\u00e9 programm\u00e9e s\u2019est aussi accompagn\u00e9e d\u2019une baisse de pr\u00e8s de 50 % des passages aux urgences au cours des mois de mars \u00e0 avril 2020, qui s\u2019explique, selon la direction g\u00e9n\u00e9rale de la sant\u00e9, tant par la peur de la contamination de certains patients que par la baisse de la traumatologie. <\/p><cite> <em>Rapport public annuel 2021<\/em>, Cour des Comptes p. 158 <\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/postimg.cc\/w3hRB4Jh\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.postimg.cc\/FF6yD2Hn\/Annotation-2021-04-08-154253.jpg\" alt=\"\"\/><\/a><figcaption>Nombre quotidien de passages aux urgences du r\u00e9seau OSCOUR (tous \u00e2ges), cour des comptes, p. 159 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En conclusion, l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 a soulign\u00e9 les faiblesses structurelles des r\u00e9animations fran\u00e7aises qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plus remplies que les pr\u00e9conisations des soci\u00e9t\u00e9s savantes pour faire face aux tensions saisonni\u00e8res. L&rsquo;augmentation du nombre de lits, qu&rsquo;elle soit p\u00e9renne ou temporaire, se heurte au probl\u00e8me de la p\u00e9nurie de personnel notamment au sein des IDE qui fuient des conditions de travail peu attractives. Il faut ajouter \u00e0 cela que les hausses temporaires pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;afflux d&rsquo;entr\u00e9es en r\u00e9animation li\u00e9 au Covid-19 entra\u00eene des d\u00e9programmations dans les autres services.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/postimg.cc\/QVQLncG8\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.postimg.cc\/bYMzrRmt\/Annotation-2021-04-08-160109.jpg\" alt=\"\"\/><\/a><figcaption>Evolution du nombre d\u2019entr\u00e9es quotidiennes en r\u00e9animation au cours des premiers semestres 2019 et 2020 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si bien s\u00fbr, il est souhaitable de mettre les moyens pour avoir des services de r\u00e9animation en bon \u00e9tat, le Covid-19 reste un impr\u00e9vu face auquel la hausse du nombre de lits ne peut pas tout. <a href=\"https:\/\/debian-economist.eu\/wp\/?p=994\">Les mesures de politique non m\u00e9dicales comme le confinement, le port du masque, les couvre-feux, etc. ont permis de limiter (avec plus ou ou moins de succ\u00e8s) la circulation du virus et donc les entr\u00e9es potentielles dans les services de r\u00e9animation<\/a>. Soit dit en passant, c&rsquo;est quand m\u00eame pas plus mal, si on peut \u00e9viter \u00e0 des personnes un s\u00e9jour en r\u00e9animation. <a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/podcasts\/20200505-covid-cons%C3%A9quences-s%C3%A9jour-r%C3%A9animation-malades-coronavirus\">Ce dernier ne correspond gu\u00e8re \u00e0 une partie de plaisir<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Merci \u00e0 Anne-Coralie pour sa relecture attentive et pour avoir chass\u00e9 les coquilles dans ce texte.<\/em><\/p>\n<p>Views: 631<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son rapport public annuel publi\u00e9 le 18 mars 2021, la cour des comptes a dress\u00e9 un bilan de l&rsquo;action des services publics pendant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie en 2020. Un chapitre est consacr\u00e9 aux services de r\u00e9animations qui ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement sollicit\u00e9s pour traiter les cas critiques de Covid 19. 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