Avis aux amateurs du concours lépine de la sécurité

Suite au choc de l’attentat de Nice, des âmes plus ou moins sans arrière pensée ont fait part de leurs idées pour améliorer la sécurité. La palme de ce concours lépine de la sécurité revient pour l’instant à Henri Guaino qui propose d’armer chaque policier d’un lance-roquette. D’autres veulent transformer les événements publics en forteresse.

Déjà, penchons-nous sur le déroulé. Tout le monde sort en chœur les 2km sur la promenade des Anglais. C’est déjà oublier un petit détail. Toute la promenade n’était pas piétonne. Le camion parcourt 1700 mètres sur les trottoirs de la partie accessible à la circulation automobile en accélérant et défonce tout sur son passage (les bancs décanillés volaient).

Attentat de Nice : le déroulé des événements par lemondefr

Le chauffeur tire sur les policiers au niveau du barrage et passe toujours au niveau du trottoir dans la zone piétonne. Il revient ensuite sur la chaussée où il zigzague pour chauffer les passants pendant 300 mètres. C’est là qu’il fera le plus de victimes. Le camion arrête sa course après que le conducteur est abattu. Le temps écoulé sur la zone piétonne est de 45 secondes. La course, elle a duré 5 minutes en tout. L’essentiel s’est passée sur la zone ouverte à la circulation.

La question qui peut se poser, c’est pourquoi ils n’ont pas bloqué toute la promenade des Anglais. Cette dernière fait 12km et il n’y a que deux routes pour traverser Nice. L’autre route est la voie Pierre Mathis. Bloquer toute la promenade, c’était rendre beaucoup plus compliqué l’accès à tous les gens qui en avaient besoin (secours, touristes, commerçants, restaurateurs, etc…).

Et les lance-roquettes? L’effet de souffle aurait juste tué plein de personnes, c’est assez évident. Il aurait fallu mettre des clous alors ! Comment dire? C’est juste assez contraignant surtout, s’il faut les enlever à chaque fois que des véhicules autorisés nécessitent de passer. Et de toute façon, on n’en aurait pas mis sur le trottoir car il faut bien laisser passer les piétons qui voulaient rentrer dans la zone piétonne.

Il faut aussi remarquer que se laisser aller à ce genre de réflexion, c’est donner la victoire aux terroristes. Leur but est de créer la peur parmi nous, de gâcher nos fêtes et de nous pousser vers un autoritarisme qui s’attaque aux minorités. En contribuant à façonner la réalité manichéenne que souhaite Daesh (Occident vs Musulmans), on aide à son recrutement. La concrétisation de cette “guerre de civilisation” voulue par les extrémistes contribue aux clivages. Certains individus qui n’auraient pas franchi le pas se radicaliseront. C’est pourquoi il est important de proposer une autre vision du monde qui casse ce cercle vicieux.

 « oeil pour oeil, dent pour dent », le monde entier sera bientôt aveugle et édenté. Gandhi

Allons, plus loin. Pourquoi avoir choisi la promenade des Anglais qui était un spot très surveillé? Beaucoup de caméras de surveillance, beaucoup de policiers, plusieurs patrouilles militaires. Alors qu’il existe plein de rassemblements informels avec plein de monde où on peut faire plein de victimes aussi. Vous l’avez sans doute deviné, il s’agit du symbole. Imaginez la gloire que Daesh tire au près de ses sympathisants et le sentiment d’humiliation qu’elle inflige en France. Il suffit d’un connard en camion pour percer un dispositif lourd de sécurité et commettre un des attentats les plus meurtriers de l’Histoire alors qu’on est en plein état d’urgence. Voilà un nouveau trophée pour les barbus sanguinaires.

Du coup, certains disent qu’on n’a pas poussé assez loin les mesures de sécurité. C’est vrai, l’Etat peut assigner à résidence sans supervision judiciaire, interdire des manifs, les militaires patrouillent dans les rues, on a mis en place une surveillance de masse avec les lois de renseignement, mais ce n’est pas suffisant ! Ou alors, peut-être qu’on peut arrêter de continuer dans la même direction? Quand on s’oriente dans une impasse, n’est-ce pas une sage décision?

N’ayons pas peur de dire que l’opération sentinelle qui a déployé des militaires partout en France est un échec. Et ce constat ne vient pas d’un anar gauchiste bobo mais du général Vincent Desporte, ancien directeur de l’école militaire:

“Elle est inutile, résume-t-il vendredi dans les Grandes Gueules. Est-ce que Sentinelle a empêché le Bataclan? Non. On a rajouté 3.000 hommes, est-ce que ça a empêché Nice? Non. Et ça n’empêchera pas le prochain attentat”, prévient le militaire.

Il s’avère aussi que les policiers et militaires du dispositif vigipirate sont des cibles. Jean Brisard1, spécialiste des questions de terrorisme sur France 2, soulignait:

les militaires et les policiers sont des cibles symboliques, visées par les réseaux terroristes“.


Quelle efficacité pour le plan Vigipirate ?
On pense évidemment à Mohamed Merah qui s’était attaqué à des militaires ou encore au militaire poignardé à la défense le 25 mai 2013.

Que ce soit le général Vincent Desporte ou le spécialiste des questions de terrorisme, Jean Brisard, ils sont d’accord sur un point: l’importance du renseignement. Car ce qui permet de prévenir les attentats terroristes, c’est bien le travail d’enquête et d’infiltration. Or ce travail est par défaut invisible et pour son efficacité, il ne faut pas lui faire de publicité:

 Nous sommes en train de mettre en place une vision politique de la sécurité, ce qui est très différent d’une vision objective de la sécurité. La sécurité est à son maximum lorsqu’elle est invisible, concentrée, spécifique et efficace. Alors ce que nos autorités ont fait jusqu’ici, c’est de donner des signes visibles de virilité et d’action contre le terrorisme sans que cela ne change objectivement notre réalité. Nous ne somme pas plus en sécurité que nous ne l’étions aujourd’hui, il y a 15 ans. Marwan Muhammad


D’ailleurs, c’est assez drôle de voir que les va-t-en guerre qui ne cessent de proclamer qu’on est en guerre ne s’intéressent pas plus que ça au renseignement. Or le renseignement intérieur a été largement handicapé par la réorganisation et les coupes budgétaires décidées sous Sarkozy. Pour conclure, une petite citation de l’art de la guerre de Sun Tzu qui avait théorisé l’importance du renseignement au VIe siècle av. J.-C:

« Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ; qui ne connaît l’autre mais se connaît, sera vainqueur une fois sur deux ; qui ne connaît pas plus l’autre qu’il ne se connaît sera toujours défait. » (chapitre 3)

1. [Certes c’est un barbouze expert de plateau télé. On peut avoir des doutes sur sa compréhension de l’Islam mais à priori, la sécurité au quotidien, il connaît.]

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