Homosexualité: Max Bird défend une thèse non vérifiée

Dans sa dernière vidéo, Max Bird part d’un bon sentiment. Il veut lutter contre l’homophobie mais il se prend les pieds dans le tapis en voulant défendre l’homosexualité parce que « c’est naturel ».

Comme l’a souligné un autre vidéaste, Léo Grasset alias Dirty Biology.

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Commentaire de Dirty Biology sous la vidéo de Max Bird

L’argument de Max Bird est à double tranchant: un homophobe peut répondre que si l’homosexualité est génétique alors c’est une maladie génétique qu’il faut soigner au même titre que la leucodystrophie. C’est déjà le cas comme le souligne Kate Shaw Yoshida, contributrice d’ars technica à propos d’un autre papier de recherche sur les origines de l’homosexualité:

It’s easy for media outlets to overhype this type of untested hypothesis; some are already touting epigenetics as the « answer to homosexuality. » The paper is also an easy target for outspoken activists, such as Bryan Fischer of the American Family Association, who is using the paper as anti-gay political fodder.

C’est tout le problème du sophisme de l’appel à nature. Le caractère naturel ne dit rien du caractère bon ou mauvais de la chose.

L’autre critique qu’on peut adresser à Max Bird est de prendre partie pour une thèse controversé, l’homosexualité biologique de Jacques Balthazart, sans resituer le débat.

Selon les biologistes comme Jacques Balthazart, l’homosexualité serait la cause de facteurs génétiques et épigénétiques. C’est à dire comment le contexte va influencer l’expression des gênes. Une métaphore efficace est celle du livre: il y a l’écriture et la lecture d’un livre. Si l’écriture est la même pour tous les lecteurs, l’interprétation lors de la lecture varie selon le lecteur.  Les gênes sont l’écriture mais l’expression est une question de lecture.

William Rice, Urban Friberg, et Sergey Gavrilets suggèrent dans The Quarterly Review of Biology que l’homosexualité pourrait avoir ses racines dans l’épigénétique, plutôt que dans la génétique:

According to the authors, much of we know about homosexuality suggests that it is not simply a result of direct genetic inheritance. First, despite thorough genome-wide research, no study has been able to find a gene or genetic marker that is consistently associated with homosexuality [NDLR: souligné par l’auteur]. Second, although twenty to fifty percent of the variation in sexual orientation appears to be inherited in some way, identical twins don’t necessarily share a sexual orientation ; if one twin is gay, there’s only a twenty percent probability that the other twin is, too. This low probability (or “concordance”) suggests that simple genetic inheritance might not drive sexual orientation. Finally, the authors argue that any purely genetic “fitness-reducing phenotypes” like homosexuality would be selected against and weeded out of the gene pool.

Ce sont des manipulations épigénétiques qui permettent à Jacques Balthazart d’obtenir des « souris mâles féminisées (des souris mâles passives) et des « souris femelles masculinisées » (des souris femelles actives). Comme l’explique ce joli dessin:

Schéma de Jacques Balthazart sur ses manipulations épigénétiques.

On voit une différence entre les hommes et les souris. Chez les humains, tous les « mâles actifs » ne sont pas prêts à avoir des relations sexuelles avec des « mâles passifs » par exemple. Mais surtout comme le note la page de l’université de Liège sur les travaux de Jacques Balthazart:

Scientific progress makes it possible to provide some answers but has not yet provided formal proof of a biological origin.

Et c’est aussi ce que notait Kate Shaw Yoshida sur le papier d’épigénétique des chercheurs William Rice, Urban Friberg, et Sergey Gavrilets:

In the end, that’s where the paper leaves us: with an untested hypothesis that appears to fit the statistical frequencies and inheritance patterns of homosexuality. The researchers use a mathematical formula to illustrate that this type of epigenetic inheritance could occur, but the paper is purely theoretical rather than data-driven, and it refers to remarkably few human studies.

This lack of human-related studies is one of the major criticisms of epigenetics today. As John Timmer explains, there’s very little evidence that epigenetic inheritance across generations plays a significant role in human behavior, at least for now.

There’s also little discussion in the paper of the spectrum of human sexual behavior, which ranges from those who engage solely in same-sex sexual encounters to those who simply like to experiment once in a while. The authors do, however, state that for the paper, the definition of homosexuality includes “any same-sex partner preference… including bisexuality.” And it doesn’t deal at all with the fact that sexual preference is just one part of a large suite of behaviors that can be some combination of « masculine » and « feminine ».[NDLR: souligné par l’auteur] »

Et oui comme le souligne le journaliste, il y a une dimension sociale particulière chez l’humain. Les sciences humaines ont mis en avant le concept de genre. Le processus de différentiation des sexes chez les êtres humains a un caractère culturel fort, qui varie selon l’espace et le temps. La place des femmes, des hommes et des gens de sexe indéterminés est extrêmement variable. La façon de les représenter n’est pas constante non plus. Les êtres humains s’approprient la sexualité avec leur bagage culturel qui leur est propre. On ne peut pas mettre sur le même plan des êtres humains et des furets. Chez les êtres humains, la sexualité est plus complexe. On ne peut pas réduire les lesbiennes à des « êtres féminins masculinisés ». Il n’y a pas de furet transgenre non plus.

On peut aussi s’interroger sur ce que veut dire « naturelle » dans une société où les êtres humains contrôlent et façonnent leur environnement. Ce que ne font pas les furets.

En conclusion, la lutte contre l’homophobie doit éviter de s’embarrasser de raisonnements fallacieux. La persécution d’êtres humains est inacceptable que ce soit pour des traits innés ou non. Enfin, la vulgarisation scientifique devrait s’accompagner d’une présentation large des travaux réalisés sur le sujet et des débats qui agitent les scientifiques.

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