Suite de la controverse sur Max Bird et l’homosexualité

Max Bird a souhaité répondre aux critiques énoncées dans une FAQ:

Vidéo qui n’a pas suffit puisqu’elle a suscité deux aux critiques auxquelles Max Bird a répondu.

D’abord, acermandax de la Tronche en Biais a écrit un article (incluant le droit de réponse) pour souligner les problèmes de forme de la première vidéo et qu’il n’y répond pas sans sa FAQ. Max Bird se contente de répéter que c’est évident qu’il faut accepter l’homosexualité en tant que telle et non parce qu’elle serait naturelle. Ce manque de remise en question est frappant. Pourquoi alors avoir avancé cette explication dans une vidéo de lutte contre l’homophobie? Quand une bonne partie de l’audimat y compris des gens éclairés voient un appel à la nature, le mieux est de comprendre pourquoi ça a été reçu comme ça au lieu de dire qu’ils n’ont rien compris. En regardant la première vidéo, l’appel à la nature me saute aux yeux puisque son laius vient en réponse à ceux qui disent que « l’homosexualité est contre nature ».

Max Bird ne répond pas vraiment non plus à sa maladresse sur les femmes lesbiennes qu’il décrit à grand coups de cliché. Quand Acermandax avance le côté mono-causal de son explication en se fondant uniquement sur les travaux de Balthazart, Max Bird répond « C’est en effet purement spéculatif, et je ne m’en cache pas« . Ah bon? Manifestement, ça ne saute pas aux yeux. Toute sa première vidéo sur le sujet est entièrement guidé par ça. A aucun moment, il ne souligne le côté hypothétique de ce qu’il avance. Comme il a été souligné par Odile Fillod, une autre détractrice de Max Bird, à juste titre:

Ses deux vidéos sont intitulées « L’homosexualité expliquée scientifiquement », et dans aucune des deux Max ne suggère de prendre ses explications avec des pincettes. Bien au contraire, le fait qu’il prétende y donner « l’explication scientifique » de l’homosexualité a été un ingrédient absolument essentiel de son succès. Du reste, il continue à affirmer que l’explication qu’il donne est « largement soutenue », m’accusant d’y être hostile en raison de mes « positions sur le genre biologique » (sic, posté sur mon mur Facebook), même s’il fait part de son intention de publier une nouvelle vidéo (« car vous soulevez un problème de rigueur scientifique que je reconnais », ajoute-t-il sur mon mur).

Il se dérobe aussi quand acermandax souligne ses propos désobligeants envers les bis et le ton hétérocentriste de sa vidéo répondant que c’est la société qui est hétérocentriste, pas lui. D’où la remarque pertinente de son détracteur:

Max a bien sûr raison de souligner que la société est hétérocentriste. C’est bien pourquoi il est nécessaire que les influenceurs comme lui ne prennent pas pour des faits les préjugés véhiculés par la société actuelle. C’était le sens de ma critique. Espérons qu’il aura l’occasion de dire de manière explicite que l’hétérocentrisme existe et qu’il est regrettable, y compris dans la bouche de ceux qui luttent contre l’homophobie.

Tout aussi navrante est la réponse de Max Bird au billet de blog d’Odile Fillod, chercheuse spécialisée sur ces questions qui a critiqué les fondements scientifiques de sa vidéo:

  • Argumentum tu quoque: il la discrédite en rappelant ses positions constructivistes (courant philosophique et des sciences sociales qui met en avant les constructions sociales sur lesquels reposent les concepts et les comportements).
  • Argumentum ad odium: Max Bird en associant Odille Fillod au constructivisme et à Catherine Vidal (qui a présidé l’institut Emilie du Châtelet qui a financé son doctorat), en profite pour discréditer ce courant de pensée en expliquant qu’il nie les origines biologiques de certains comportements. A ce titre, Odille Fillod ne pourrait donc être considérée comme crédible.
  • Argumentum ad populum: la thèse de l’origine naturelle est mieux acceptée à l’étranger qu’en France, bastion du constructivisme.
  • Argumentum ad verecundiam: la thèse biologique est la plus pertinente cf Jean-Jacques Balthazart (manifestement son maître à pensée), Peggy Sastre (journaliste scientifique) et Nicolas Gauvrit (scientifique qui a eu maille à partir avec Catherine Vidal).

Critiques fallacieuses à laquelle Odille Fillod a su parfaitement répondre:

On m’avait prévenue qu’il n’y avait à peu près aucune chance que vous vous remettiez en question.
Tant pis, j’aurai au moins essayé.

Je ne vais pas me lancer dans une discussion avec vous qui serait manifestement parfaitement vaine. Mais je ne peux laisser passer votre attaque ad hominem à mon endroit : « elle défend clairement une idéologie constructiviste (il n’y aurait pas de causes biologiques à nos comportements) ». Il s’agit encore d’un sophisme qui fait malheureusement souvent mouche, et que vous me donnez l’occasion de déconstruire.
Faire preuve de scepticisme vis-à-vis de l’idée que telle ou telle différence comportementale observée entre deux groupes d’individus a une origine naturelle, ce n’est pas équivalent à penser qu’il n’y a « pas de causes biologiques à nos comportements ». Evidemment qu’il y a des causes biologiques à nos comportements. Ca ne fait aucun doute pour moi, et jamais je n’ai défendu la position que vous me prêtez.

Au-delà de cette question générale, ce qui est en question ici est une théorie biologique bien précise, celle que vous présentez dans votre vidéo. Je ne peux que constater que vous n’apportez aucune réponse factuelle aux points que je soulève.

Vous pensez avoir fait avancer la lutte contre l’homophobie, et je ne suis pas étonnée qu’en effet vous ayez eu toutes ces réactions positives car à court terme, une propagande bien fichue, ça peut très bien marcher.

Je persiste à me désoler non seulement du caractère contre-productif de votre démarche, mais du fait que cette vidéo véhicule au passage un tel lot d’idées et raisonnements erronés.

Au moins, on sait de quel camp il est et qu’il faudra considérer ses propos sur le sujet avec la plus grande méfiance. Il est clair qu’il agit comme un partisan et non un vulgarisateur scientifique. Le pire est qu’il se gargarise de son succès pour justifier son action. Clairement, les LGBT n’ont pas besoin d’un tel soutien si c’est pour faire de la désinformation qui repose sur des arguments fallacieux pouvant être repris par les homophobes. « Qui veut faire l’ange, fait la bête » comme dit Pascal.

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