Coronavirus: confinement et bonnes pratiques

Sur twitter, on voit beaucoup d’internautes qui se sont sentis investi·e·s d’une mission : traquer les internautes qui ne respectent pas le confinement. Pour dénoncer les “irresponsables”, on voit pulluler des hyperlapses [1]. Leurs auteurs les utilisent pour montrer qu’il y a beaucoup de monde dehors qui ne respectent pas le confinement.

Comme le fait remarquer un internaute, la perception de la foule par un hyperlapse est biaisée car elle donne une impression de concentration de foules beaucoup plus importante qu’en réalité.

Réaction d’un internaute à un hyperlapse. Sur les aérosols, c’est vrai qu’il s’agit de milieu confiné. Par contre, je n’ai pas trouvé de source pour les 15 minutes, même si ce n’est pas la première fois que je l’entend.

Ce biais, on l’observe sur tous les hyperlapses comme celui-ci par exemple. Cela ne dit rien des mesures de sécurité prises par les gens. Dans la mesure, où il est possible de sortir pour faire de l’exercice physique en solitaire (ou avec son foyer restreint), faire des courses, pour un motif familial impérieux ou travailler quand le télétravail est impossible, oui, il y a des gens dehors. Rien sur les images partagées ne permettent de dire que les gens organisent des rassemblements. Au contraire, une observation attentive des deux hyperlapses cités montrent surtout des familles qui se baladent (car oui les enfants ne peuvent pas sortir tout seul) et des gens qui font de l’exercice en solitaire (marche ou course à pied). Il est à noter que même des médecins s’étonnent que l’on empêche de gens de prendre de l’air de façon raisonnable, comme ce médecin généraliste ci-dessous :

Le problème est que certains confondent le moyen (“rester chez soi“) avec la finalité (“évitez les autres“). Le virus se transmet par gouttelettes qu’une personne malade expulse par la bouche ou le nez (notamment en toussant ou en parlant). Le contact peut être:

C’est pour cette raison qu’une personne porteuse du coronavirus va contaminer 3 personnes en moyenne contre 1 pour la période saisonnière.

Retenez plutôt le chiffre de 3 pour le nouveau coronavirus (appelé COVID-19 et aussi SARS-Cov2). Source: Ouest-France

Ce que récapitule très bien la vidéo ci-dessous.

Il est à noter que d’autres pays n’ont pas choisi le confinement pour faire face aux virus. Taïwan et la Corée du Sud ont privilégié des actions plus ciblées (interdiction des rassemblements, traçage des personnes contaminées, tests à grande échelle et contrôle des frontières).

Mais pourquoi un confinement en Europe ?

Il s’agit d’une question de réactivité et de moyens. Taïwan et la Corée du Sud sont des voisins de la Chine. Ce n’est pas la première fois que ces pays sont exposés à des virus d’origine animale (SARS-Cov1 et H5N1 pour les plus connus). Avec des mesures ciblées prises au plus tôt, il est plus facile d’endiguer l’épidémie. Enfin, la Corée du Sud a plus de lits de soins intensifs disponibles. Certains notent aussi qu’il y a des masques en abondance pour tout le monde dans ces pays alors qu’il en manque en France pour les personnels exposés.

Bref, le confinement est la solution du pauvre. C’est tout ce qui reste quand l’épidémie a démarré et que les moyens de soins et de prévention manquent. Rappelez-vous que si on ne fait rien, une personne porteuse du virus le transmet à 3 personnes. Le confinement réduit les interactions sociales entre individus puisqu’ils sont assignés à domicile et ne peuvent sortir que pour des raisons très particulières en évitant de parler aux autres individus. Le but est de réduire le nombre moyen de personnes contaminées par une personne atteinte. Avec 3 personnes, on a une progression exponentielle. Si on multiplie par 3 le nombre de malades par itération, le nombre progresse très rapidement. Si la progression est contenue, le système de santé ne sera pas surchargé et n’aura pas à trier entre les patients. En gros, un médecin n’aura pas à décider à qu’il doit la sauver la vie. C’est ce que l’on appelle “aplatir la courbe” ou “curve flattening” en Anglais. Dans le dessin ci-dessous, les pointillés montrent la capacité maximale du système de santé. En aplatissant la courbe, on évite de dépasser ce seuil.

La contrepartie est que la propagation de l’épidémie dure plus longtemps comme le montre le dessin plus haut. Elle s’arrête soit parce que la progression s’est endiguée d’elle-même, soit parce que l’immunité de groupe est atteinte (suffisamment de personnes ont développé des anticorps donc la probabilité que le virus se répande est faible).

L’autre point très important du dessin, souligné par la jeune femme, est d’adopter des bonnes pratiques. Et c’est là que nos inquisiteurs de twitter posent problème. Ils misent tout sur la coercition et sont dans le jugement moral alors qu’eux-mêmes peuvent être mal informés. Surtout, hurler des ordres sur quelqu’un n’est pas du tout la meilleure façon d’obtenir son adhésion. Tout ce que vous allez obtenir, c’est de la réactance. La personne, se sentant menacée dans sa liberté, va faire exactement le contraire de ce que vous dîtes.

Légende en noir: “Quand tu ne sors jamais en temps normal et que tu passes tout ton temps à la maison de toute façon mais maintenant le gouvernement dit que c’est la règle“. Commentaire de Pingou en jaune: “Bien maintenant, je ne vais pas le faire“.

Quel est alors le mot d’ordre pour susciter l’adhésion ?

Education et bienveillance. Ne prenez pas les gens pour des cons avec des arguments d’autorité (“je suis dans le médical donc tu restes chez toi” ou “les professionnels de santé ont dit de rester chez toi“) ou avec de l’appel à l’émotion (“regarde les images des urgences en Italie, ce sera ta faute si c’est comme ça en France parce que tu es sorti prendre l’air“). Argumentez sur le fond. Faîtes confiance à l’intelligence des gens si vous voulez qu’ils adhèrent à vos idées. Expliquez pourquoi c’est important d’éviter les autres: limiter la contagion. Informez les gens et informez-vous aussi avec des sources fiables. Gardez votre esprit critique. Soyez humble, vous pouvez vous tromper, je peux me tromper. C’est en discutant les uns avec les autres que l’on peut justement développer un esprit de solidarité. C’est l’entraide qui nous aidera à nous en sortir. Ainsi, on peut s’aider ensemble à se protéger et à protéger autrui. Ce n’est pas le flicage réciproque et le chacun pour soi qui vont nous permettre de nous en sortir.

N’oubliez pas, “ce qui est important, c’est de ne pas être en contact” comme dit le ministre de la santé, Olivier Véran. Espérons de son côté que le gouvernement saura être pédagogique et susciter l’adhésion aux mesures de prévention de la contagion. C’est loin d’être gagné, …

[1] Un hyperlapse est une vidéo accélérée. 10 secondes de vidéo seront contenues dans une seconde, accélérant considérablement les mouvements à l’image.

[2] Une étude en attente de revue par les pairs montre que le virus reste 3h dans les aérosols. Néanmoins, la même équipe, selon le nouvel obs, assure également que si les mesures ont montré que le virus du Covid-19 survivait jusqu’à 3 heures en aérosol, « nous ne disons en aucun cas qu’il y a une transmission par aérosol du virus ». En résumé, ce n’est pas parce que le virus peut survivre dans des aérosols à l’air ambiant qu’il y a des aérosols contaminés tout autour de nous. Et survie ne signifierait pas transmission.

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